Conferencia de
BENIN
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CHERES FRERES ET SOEURS DU BENIN, D’AFRIQUE ET DES AUTRES CONTINENTS 
 
Ivonne Yañez

Je voudrais commencer par remercier mes amis des Amis de la Terre – Bénin de nous avoir invités et permis de partager avec vous ce moment particulier. 

Je viens d’Equateur, en Amérique latine ; un petit pays situé sur la ligne équatoriale, au milieu du monde. Un pays appauvri pour de nombreuses raisons : pour le pillage de ses ressources naturelles, pour la perte de ses forêts et de sa biodiversité, pour le modèle néo-libéral qui y règne, parce que les paysans n’y ont plus accès à la terre et aux semences, à cause du poids de la dette externe et pour la dureté avec laquelle le changement climatique nous a frappé. En Equateur, il se passe la même chose que dans d’autres pays d’Amérique latine. Inégalités, corruption, indigence et mort. 

Néanmoins, nous devons reconnaître qu’aucun continent n’a été pillé avec autant d’intensité que l’Afrique, ni a vécu des conditions aussi violentes. Ici, tout a été vécu à une degré supérieur : les migrations massives forcées, les coups d’Etat, les guerres civiles, le fléau du SIDA, les famines, génocides, sécheresses et inondations. 

Au cours de ces dernières années, en Afrique, l’extraction de pétrole et de gaz, les activités minières et l’industrie forestière ont eu un effet néfaste sur le développement des peuples. En plus de leur impact environnemental, elles y ont provoqué d’énormes et irréversibles impacts sociaux et économiques. L’histoire de ces activités est étroitement liée à la violence, aux dictatures et aux massacres de peuples. Nous connaissons tous les cas du Nigeria, du Tchad, du Cameroun, de l’Angola, de la Libye, de la Somalie, du Soudan, de l’Algérie et de bien d’autres pays. Dans tous ces cas, la présence de ressources naturelles fut la cause de conflits armés. 

Par ailleurs, les pays d’Afrique et du Tiers-Monde, en général, vivent sous le poids de la pression économique et politique dû à la dette externe qui fut contractée, principalement, afin de consolider un développement basé sur l’extraction massive des ressources naturelles. 

La dette écologique est un concept nouveau qui explique le véritable flux de capitaux, de ressources naturelles et d’êtres humains. Elle explique aussi le destin et les effets de la dette externe. Et enfin, elle propose d’en identifier les débiteurs et les créditeurs, dans un monde d’inégalités, conformé par un Nord enrichi qui maintient un niveau de consommation élevé grâce aux ressources provenant du Sud. 

Les combustibles fossiles se trouvent au centre du modèle basé sur la surconsommation, la surexploitation, la pollution globale et locale, les inégalités et l’endettement. Leur exploration, extraction, transport, raffinage et consommation provoquent de graves impacts environnementaux, sociaux et culturels, tant au niveau local que global – comme dans le cas du changement climatique -, qui constituent une part importante de la dette écologique. 

Cette chaîne, allant depuis l’exploration jusqu’à la consommation, présente plusieurs des fondements permettant de justifier la dette écologique : 
- l’extermination de cultures et le sacrifice de la santé des peuples. 
- La perte de biodiversité sauvage et agricole due à la pollution qui est générée par cette activité 
- La destruction des écosystèmes (mers, côtes, forêts, etc.) et l’annulation des services environnementaux qu’ils fournissent. 
- L’érosion ou la perte d’autres sources d’énergie propres, renouvelables et de faible impact, due à la promotion de divers types de prêts et à la suppression des impôts. 
- La production de grandes quantités de carbone, qui atteignent inévitablement l’atmosphère et qui dépassent la capacité d’absorption de la planète, provoque l’augmentation de l’effet de serre et du chaos climatique. 
- L’obligation d’augmenter les exportations d’hydrocarbures afin de payer la dette externe. 
- L’appropriation et le contrôle de biens publics. 
- L’accaparement et le contrôle monopolistique d’une ressource stratégique qui permet de contrôler la base du système productif industriel. 
- Les coûts sociaux et environnementaux, locaux et globaux, ne sont pas inclus dans la valeur du pétrole et du gaz exportés. 

Cette conférence Sud-Sud est un moment opportun nous permettant d’échanger des stratégies afin d’affronter la globalisation. Elle offre un espace adéquat au développement de perspectives et de perceptions communes relatives à la dette écologique ainsi que pour la mise en commun d’expériences et de cas d’études nous permettant d’améliorer nos connaissances sur ce sujet. Elle constitue aussi une platte-forme permettant l’établissement de l’Alliance des peuples créditeurs de la dette écologique africaine. 

Cette conférence s’inscrit dans le cadre d’un processus visant à affronter les impacts locaux et globaux et d’en terminer avec les conditions de violence et de destruction . Elle permet de construire un chemin menant vers à la création de sociétés nouvelles et de tisser un réseau de solidarité entre les peuples d’Afrique ainsi qu’avec d’autres peuples frères. 

Sœurs et frères, pour terminer, je voudrais juste vous dire qu’il a été très difficile de parvenir à réaliser cette réunion, et pour cette raison, je suis très contente que nous soyons tous finalement réunis. 

Merci 
 
 
 

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